La profession d'agence d'intérim est extrêmement encadrée

L'actualité de Sylvie Le Faucheur

La révolution numérique met les agences d'intérim en ébullition.

La profession d'agence d'intérim est extrêmement encadrée

Peut-on parler d'ubérisation du secteur de l'intérim ?

Pour l'instant, pas vraiment. Mais si j'ose dire, les dirigeants commencent à sentir venir la crue. Ils étaient bien au chaud, dans un métier où la mise en relation et le sourcing sont faits en grande partie par les relations humaines. La valeur d'un collaborateur, c'est son carnet d'adresses, la manière dont il analyse un profil de candidat pour le mener au bon poste.

Avec l'avènement de ces nouveaux acteurs faisant de la mise en relation, les frontières sont plus floues ; d'où une inquiétude d'une part des salariés sur leur employabilité future. Certaines petites agences de travail temporaires continuent à travailler avec des fichiers Excel, appelant les candidats potentiels par téléphone et en demandant aux intérimaires de venir dans leurs agences régulièrement pour signer leurs feuilles d'heures. Ce n'est plus possible alors qu'il existe des solutions digitales, comme Dispojob, qui automatisent les délégations de personnel et permettent d'avoir une visibilité en temps réel pour les missions.

Quelle a été la réaction des majors et des grands groupes régionaux ?

Les grands acteurs pèsent 70 % du marché et ils ont commencé à bouger vers plus de digitalisation de leurs pratiques, avec des applications pour faciliter la vie des intérimaires. Adecco se présente comme un acteur de l'emploi global. Randstad a créé son agence en ligne pour les tpe-PME. Alphyr a créé son agence MisterTemp'. Mais les agences traditionnelles n'ont pas envie de ressembler à ces nouveaux acteurs 100 % en ligne dont ils pensent qu'ils viennent leur « piquer » certains intérimaires, dans un contexte où il est déjà difficile d'en trouver.

Que permet la loi ?

La profession d'agence d'intérim est extrêmement encadrée. Il faut avoir une société dédiée, déposer une garantie correspondant à 8 % du chiffre d'affaires. L'entreprise d'intérim est l'employeur des salariés qui travaillent chez ses clients, elle doit établir les relevés d'heures, la fiche de paie, vérifier leur identité. L'agence elle-même ne peut pas faire de simple mise en relation, ni se rémunérer en fournissant le contact avec un autoentrepreneur. Tous les acteurs regardent ce dossier avec inquiétude. La décision du juge de paix dans le dossier Uber avec l'Urssaf qui veut procéder à un redressement de cotisations des chauffeurs en salariés ne sera pas sans conséquences pour le devenir de toutes ces plates-formes qui « poussent » au gré du temps. Les dés seront jetés et leur sort aussi.

Nous sommes aujourd'hui dans une sorte de zone grise avec des acteurs qui créent de nouvelles activités et peuvent passer de l'une à l'autre. La cible des entreprises de travail temporaire digitale est très clairement aujourd'hui les tpe-PME.

Julie Chauveau (Les Echos)

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